Espace privé d'expositions d'Art Contemporain

féminin/sacré #3

Sarah Behets, Virginie de Limbourg, Esther de Patoul. Trois artistes réunies, issues de l’atelier de dessin de Lucien Massaert. Trois artistes qui ont développé avec les années des démarches qui s’émancipent de l’atelier du maître avec liberté, légèreté, délicatesse et poésie.

Virginie de Limbourg s’est posé la question du féminin/sacré face aux aléas du confinement, comme une question nécessaire, sacrée presque, en cette période que nous traversons tous actuellement. Le geste quotidien est souvent minimisé, sans valeur, désacralisé, et pourtant c’est à ce quotidien et ces gestes répétitifs que nous nous accrochons. Chez elle, le geste répétitif est central. Ses oeuvres sont faites de points à l’infini et forment un tout, hypnotique, scintillant dans ses profondeurs, quelque chose de sacré. Associé à la répétition de points, à des associations de couleurs dorées, nacrées, au pliage du papier amplement recouvert de teintes aux reflets variant dans les plis, peut-être déposé sur un fil, à la manière du linge. C’est aussi l’origami qui crée le cerf-volant qui s’envole, loin à l’infini, le geste répétitif qui voyage léger par la suite. Un pli écarté ou cousu, maintenu, génère aussi quelque chose de précieux; un carnet ouvert dans lequel certains dessins peuvent faire penser à l’ornement,  la coiffe, un bijou, un écrin. Elle plie et coupe délicatement ses dessins sur papier japon comme des noeuds, sans intention comme pour un patron (dans la couture), seule la main guide le geste. Liberté du geste dans sa souplesse, que l’on retrouve dans ses collages, puis la couture répare, réorganise, ré-invente, propose une lecture nouvelle, et une métamorphose s’opère. 

Esther de Patoul met un voile sur l’intime. Pour elle, le féminin/ sacré part de l’intérieur, de notre connexion terrestre, nos racines.Esther de Patoul utilise la photo, le dessin et le batik pour aborder simultanément le corps voilé/dévoilé.  Empreintes de tissus et immersions de papiers dans les teintures ou l’encre de chine. Le batik, technique traditionnelle, s’obtient avec la cire ou la paraffine chauffées, appliquées sur du tissu, immergé ensuite dans des teintures. Les tissus s’effilent durant des heures avant de les poser sur des surfaces papier. Les gestes sont guidés par l’impulsion ou la retenue d’un souffle. En découlent des motifs sur tissus qui évoquent la chair, la rencontre des corps, de l’autre. On retrouve aussi l’idée de la niche, la maison, espace de recueillement, réceptacle, matrice, chaleur. L’essence de sa démarche est l’intuition, l’inspiration et l’intimité. C’est un travail d’ancrage, sur les racines, par l’appropriation de gestes traditionnels, un savoir-faire transmis. Mais c’est aussi écouter et valoriser le corps de la matière, la fécondité de l’organique. La matrice, les ovaires, le coeur, la peau, la chair, les os, le sang. Les photos sont des instants qu’elle a voulu capter dans les gestes simples et répétitifs avec les tissus défilés qu’elle plonge ensuite dans des liquides. 

 Sarah Behets travaille actuellement la gravure. Chez elle, on trouve une absence-présence des images imprimées mises en œuvre; oscillations, jeux subtils de mouvements de l’image, modulations de l’empreinte. Entre légèreté et gravité, l’univers qu’elle crée est fait de flous, de vibrations, de minces déplacements qui créent des espaces entre qui se font échos. Ces formes activent et concrétisent l’espace, avec des équilibres à trouver. Leur dimension vibratoire est de nature à rejoindre le sacré en tant que souffle de vie, respiration, dans les interstices.

« Par le montage de couches disjointes de papier et l’écart entre les surfaces denvoilements, je construis un dialogue entre la gravité et lapesanteur. Japparente le dessin à la danse. Le monde sensible ou la présence vibratoire dune couleur sont aussi dune grande importance ». Sarah Behets . Il y a aussi un oeil de méduse, fait d’un voile imprimé gonflé d’air. Forme fluide qui nous regarde comme un œil embué. C’est un étrange animal venu des fonds marins et du fond des âges. Fille de la Lune et des Océans, symbole du Féminin Sacré unissant à la fois Vénus, Neptune et Lune. Elle est notre psyché profonde, viscérale, archétypale. La méduse est aussi le lieu qui symbolise la maison.

Légèreté, poésie, répétition, délicatesse caractérisent les démarches singulières de ces trois artistes qui ont fait du papier, du pli, de la couture, de la sensualité des matières, des couleurs et des formes leurs armes les plus fines. 

Expo visible sur rv  (Mesures covid en vigueur)